La vache

La vache Dans les années 1950, bien que viticulteurs, mes parents possédaient une vache. Elle partageait l’écurie avec le cheval de trait et une chèvre. C’était une vache blonde qui a fait toute sa carrière dans le petit local sombre.

Matin et soir, il fallait la traire à la main, ce qui n’était pas très facile, et ma mère n’y réussissait pas très bien. C’était mon père qui s’en occupait.

Le surplus de lait était vendu à quelques voisins habitués qui venaient chaque jour chercher leur bidon et en profitaient pour faire la conversation.

Pour la nourrir, il fallait beaucoup de foin qui était stocké dans une grange louée à un voisin. Le loyer était payé en travail dans les vignes du propriétaire. Des compléments alimentaires étaient aussi préparés dans la pièce située juste au-dessus de l’écurie. L’ensemble représentait beaucoup de labeur…

Le lait était aussi servi aux chats de la maison. Nous en avions plusieurs qui s’étaient arrogés beaucoup trop de droits au goût de ma mère !

Après le décès de ma grand-mère, la vache a suivi un marchand de bestiaux, pour finir dans une boucherie. Les chats n’ont pas été remplacés.

Nous nous sommes alors approvisionnés en lait chez le laitier, qui avait une échoppe dans la grand-rue. C’était une occasion de rencontre des autres habitants du village dans une bonne odeur de lait frais. Des yaourts dans des pots de verre étaient aussi proposés.

Le laitier transportait le lait dans de grands bidons de 20 litres en fer blanc. Ses vaches étaient élevées dans une petite exploitation à l’extérieur du village sur la route de Kaysersberg. Le village était alors entouré de prairies, pour le foin et le pâturage des vaches encore très présentes dans les villages.

Comme il n’y avait pas de réfrigérateur, les familles allaient chercher le lait tous les matins. Avec la généralisation du celui-ci, les gens ont changé leur façon d’acheter du lait … et les vaches ont disparu du paysage du Kientzheim.

Aujourd’hui, elles sont parties entretenir les hauts des Vosges, là où la forêt a laissé la place à l’herbe des chaumes.

Juillet 2013
François
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