La messe en 1960 à Kientzheim

La messe en 1960 à Kientzheim Souvenirs d’enfance

Dans les années 1960, la messe du dimanche est le grand rendez-vous hebdomadaire des habitants de Kientzheim, qui est un village presque exclusivement catholique. Seuls sont excusés les malades qui ne peuvent pas se déplacer. Tout est bien orchestré avec une messe à 7h30 pour les femmes qui peuvent ensuite se consacrer au repas du dimanche et la grand-messe de 10h.

Les cloches de l’église Notre-Dame-des Douleurs sont actionnées par le sacristain de la famille Fritsch pour appeler les fidèles un quart d’heure avant l’office. Les ouailles viennent en habit de dimanche, la belle tenue qui est de sortie uniquement ce jour de repos. Et personne n’est en retard. Il serait remarqué par tous les autres paroissiens !

Sur les bancs, les garçons sont à droite, les filles à gauche. Pas de mélange des sexes à cette époque. Sur le premier banc, les enfants du cours préparatoire, puis les enfants des années suivantes jusqu’à 14 ans. Il ne fallait pas chahuter pour éviter les rappels à l’ordre du curé et les réprimandes de la famille.

Juste derrière les garçons, les notables avec le maire, le premier adjoint et l’instituteur de l’école publique, et derrière les filles les quatre religieuses de l’école des filles, toutes de noir vêtues et et les cheveux cachés dans une coiffe. Ensuite, le reste de la population, avec presque toujours une séparation des sexes : les hommes à droite, les femmes à gauche. Les adolescents se réservent quelques rangées dans le milieu. Dans le fond de l’église, il y a toujours les mêmes à vouloir rester debout, ce qui leur permet de sortir les premiers. Dans la tribune, l’orgue est au centre et domine l’église. La chorale Sainte Cécile est à sa gauche.

La grand-messe commence à 10h précise


Les quatre enfants de chœur en aube font leur apparition suivis du curé Eugène Papirer. Ils prennent place devant l’autel. Les enfants de chœur qui sont des garçons suivent une hiérarchie. Le nouveau est à gauche près du curé, puis le deuxième est à droite du curé, le troisième à gauche du groupe et le plus ancien est à droite du groupe. Chacun a un rôle précis. Tous participent aux prières en latin. Mais il faut être gradé pour pouvoir apporter l’eau et le vin. Ce qui motive ces enfants de chœur entre autre, moi par exemple, c’est la perspective de participer au voyage annuel pendant le temps scolaire.

Le rituel de la messe suit son cours avec des chants et des cantiques que les paroissiens chantent à partir du petit livre pris à l’entrée. La chorale de Kientzheim chante aussi à quatre voix et le chœur d’hommes chante en grégorien. Après l’épitre et l’évangile, le curé monte dans la chair (aujourd’hui disparue) qui se situe à gauche pour faire son homélie. La première moitié du sermon est faite en français, puis c’est en allemand, que le curé s’adresse aux adultes qui ont du mal avec la langue française à cette époque. Les servants de messe partent ensuite faire la quête dans les rangs.

A l’offertoire, une cloche se remet à sonner pour prévenir tout le village de ce moment de recueillement. La communion est donnée directement sur la langue et il fallait ne pas croquer l’hostie et avoir jeuné le matin. Veillée par les dalles funéraires des Schwendi, la cérémonie se déroule dans une grande solennité qu’ose à peine déranger des quintes de toux. Le curé se déplace dans l’église pour encenser les fidèles et je me suis dit que ce n’était pas étranger à quelques malaises de pratiquants qui sont tombés avec fracas dans les pommes. Après le chant de clôture, l’organiste se lance dans une démonstration musicale pendant que les fidèles sortent en se saluant.

Après la messe

Sur la place, les groupes se retrouvent et échangent les nouvelles. Les vignerons parlent des vignes et des travaux à faire. Puis, certains se dirigent vers le bistrot chez Barthelmé et plus tard vers les caveaux du Château de Reichenstein ou de Schwartz pour prendre l’apéritif et parfois plusieurs verres sont nécessaires pour étancher leur soif. A 12h précises, presque tous sont de retour au foyer pour le repas du dimanche.

A 15h, les cloches essaient de rappeler quelques fidèles pour les vêpres. A 18h, c’est au tour du chapelet. Le collier est composé de 5 séries de perles représentant les séries de prières ‘je vous salue Marie‘ qui sont entrecoupées avec des prières ‘Notre Père’.

Pendant la semaine, il y a une messe tous les matins à 7h et un chapelet le soir. Le jeudi, jour sans école pour les enfants, il y a une messe des enfants dans la matinée. Celle-ci a souvent lieu dans la chapelle du bas, Saints-Félix-et-Régule, un lieu plus intime que la grande église du haut.

Tout au long de l’année, il y a des fêtes religieuses. Et la cérémonie s’adapte en enrichissant les démonstrations de ferveur. La fête des rameaux m’a le plus marqué. Les fidèles partent en procession dans le village et s’arrêtent devant des autels aménagés les jours précédents. Le plus important se trouvait sur la place Schwendi. Le sol est couvert de pétales de fleurs qui sentent bons. Le curé se déplace sous un dais porté par quatre marguillers en robes rouges.

Les pèlerinages ponctuent aussi l’année. Celui de Trois-Epis est le plus suivi à la fin juin. Après une petite célébration à l’église à 4h du matin, le cortège s’ébranle en chantant en traversant Kientzheim puis Ammerschwihr. En arrivant dans la forêt, la procession se disloque et chacun monte à son rythme. A 7h du matin, le groupe se reforme aux Trois-Epis pour arriver à la vieille église pour une messe. A la sortie, les pèlerins du jour s’éparpillent dans les restaurants et hôtels pour un petit déjeuner bien mérité, avant de reprendre la route du retour, parfois en passant dire bonjour à la Galtz, la statue de la Vierge qui domine cette partie de l’Alsace et qui est visible à plusieurs lieues à la ronde.

Le pensionnat du Sacré Cœur sur la route d’Ammerschwihr a peu d’influence sur la vie de la commune. La congrégation religieuse et les jeunes filles pensionnaires vivent en autarcie derrière leurs murs. Il m’est arrivé de participer à une animation, mais c’était déjà à une époque qui annonçait le départ de la communauté pour laisser la place au lycée japonais.

La vie religieuse

Les joies du baptême sont partagées avec les voisins avec des distributions de dragées. Le curé donne le catéchisme à l’école et prépare les enfants à la petite et grande communion. Le jour de la petite communion, la famille invite les parrains et marraines au repas. Pour la grande communion à 14 ans, après une retraite de quelques jours, on endosse une dernière fois une aube blanche comme pour marquer la fin de l’enfance. La famille invite encore au repas les parrains et marraines qui font une dernière fois des cadeaux au filleul.

La fidélité à la messe dépendra ensuite de chacun et de la pression familiale. 1968 est passé par là et un vent de liberté a soufflé sur la nécessité d’assister à la cérémonie religieuse et de se plier à des rituels systématiques. Et certains aussi ont éprouvé le besoin de donner une forme plus personnel à l’expression de leur foi avec des pratiques différentes.
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